Un seau d’orties, de l’eau, un peu de patience et ça pue. Voilà le meilleur engrais que je connaisse pour lancer mes plantes au printemps.
Chez moi, le purin d’ortie, c’est le premier geste de la saison. Dès que les orties repartent le long du fossé, je sais que le potager va bientôt demander à boire. Ce jus brun et odorant, riche en azote, je le prépare depuis des années à ma façon. Rien de compliqué. De la matière verte, de l’eau, un bidon, et le temps qui fait le reste. Je te raconte comment je m’y prends, parce que la première année j’ai raté mon coup et vidé un mélange pourri qui ne sentait pas grand-chose de bon.
Pourquoi je jure par ce purin d’ortie au jardin
L’ortie, c’est une usine à azote. Cet azote favorise la croissance des plantes, il pousse la végétation, il fait verdir les feuilles. Quand mes jeunes plants de tomates ou de courges traînent à démarrer, un arrosage au purin d’ortie les remet en route en quelques jours. Je le vois à l’œil.
Au-delà de l’azote, ce produit apporte des oligo-éléments et des minéraux : du fer, du magnésium, un peu de tout ce qui manque parfois à une terre fatiguée. Rien de miraculeux non plus. C’est un coup de fouet, pas un régime complet. Pour le fond, je garde mon compost et mon fumier.
Un engrais et un coup de main contre les faiblesses
Le purin d’ortie sert deux choses chez moi. D’abord, un engrais liquide pour la croissance. Ensuite, une aide pour rendre mes cultures plus solides face aux attaques de maladies et de ravageurs. Pulvérisé dilué sur le feuillage, il semble renforcer les plantes. Certains le présentent comme une sorte de purin d’ortie insecticide contre les pucerons. Moi je reste prudent là-dessus : je l’utilise surtout comme fortifiant, et je vois moins de plants qui flanchent. La Société Nationale d’Horticulture de France rappelle d’ailleurs que ces préparations relèvent plus du soin préventif que du traitement choc.
Ma recette du purin d’ortie, pas à pas
La base tient sur un ratio simple : 1 kg de feuilles d’orties fraîches pour 10 litres d’eau. C’est mon repère depuis toujours. Je coupe les orties jeunes, avant la floraison, gants aux mains parce que ça pique, forcément.
Je hache grossièrement les orties, je les tasse dans un bidon en plastique (jamais de métal, ça réagit), puis je couvre avec de l’eau. L’eau de pluie, c’est ce qui marche le mieux chez moi : pas de chlore, une eau douce qui laisse la fermentation tranquille. Je remue tous les jours avec un bâton. Ça mousse, ça sent fort, c’est bon signe.
- Orties fraîches jeunes : 1 kg
- Eau de pluie de préférence : 10 litres
- Un bidon plastique non fermé hermétiquement (les gaz doivent s’échapper)
- Un bâton pour brasser chaque jour
- De la patience : une à deux semaines selon la température
Combien de temps de fermentation
Le temps de macération dépend de la chaleur. Par 20 à 25 °C, mon purin est prêt en 8 à 12 jours. Quand il fait plus frais, ça peut monter à trois semaines. Je surveille les bulles : tant que ça mousse quand je remue, la fermentation travaille. Le jour où plus aucune bulle ne remonte, c’est fini. Le liquide a foncé, l’odeur est franche. Je filtre alors avec un vieux tissu ou une passoire, et je verse le jus dans des bidons opaques. Au frais et à l’ombre, il se garde plusieurs mois.
Les bons dosages selon l’usage
Là, faut être précis, sinon on brûle les plantes. Le purin d’ortie ne s’utilise jamais pur. Trop concentré, trop d’azote d’un coup, et le jeune plant tire la langue. Je dilue toujours.
Pour un arrosage au pied, je descends à 10 %, soit 1 litre de purin pour 10 litres d’eau. Pour une pulvérisation sur les feuilles, je vais plus doux, autour de 5 %, soit un demi-litre de purin pour 10 litres d’eau. Voici mon petit tableau de bord, celui que j’ai fini par retenir par cœur.
| Usage | Dilution | Dose pour 10 L d’eau | Fréquence |
|---|---|---|---|
| Arrosage au pied (croissance) | 10 % | 1 L de purin | tous les 10 à 15 jours |
| Pulvérisation foliaire (fortifiant) | 5 % | 0,5 L de purin | tous les 15 jours |
| Jeunes semis et repiquages | 5 % | 0,5 L de purin | une fois au démarrage |
| Activateur de compost | 10 % | 1 L de purin | à l’arrosage du tas |
Un arrosoir de 10 litres couvre à peu près 2 à 3 m² de planche potagère. À toi d’ajuster selon la taille de ton potager.
Un calculateur pour ne plus te tromper
Parce que je ne fais pas toujours confiance à mon calcul mental le matin, voici un petit outil que tu peux copier tel quel dans ton site. Tu entres le volume de ton arrosoir, tu choisis l’usage, il te donne la dose de purin.
Calculateur de dilution du purin d’ortie
Sur quelles plantes je l’utilise, et sur lesquelles j’évite
Le purin d’ortie va bien à tout ce qui doit faire de la feuille et de la tige : tomates, courgettes, choux, salades, poireaux, la plupart des légumes gourmands. Mes cultures fruitières en profitent aussi, surtout les jeunes arbres fruitiers et arbustes qui ont besoin de pousser avant de porter.
En revanche, je lève le pied sur tout ce qui doit fleurir et fructifier. Trop d’azote, la plante fait de la feuille et oublie de produire. Pour la floraison et la fructification, je passe plutôt au purin de consoude, plus riche en potasse. Les deux se complètent : ortie au démarrage, consoude quand vient le fruit. Beaucoup de jardiniers alternent ortie et consoude sur la saison, et c’est ce que je fais aussi.
Ail, oignons et légumineuses : je m’abstiens
Les alliacées comme l’ail et l’oignon n’aiment pas trop l’azote, elles pourrissent plus facilement. Les haricots et pois fabriquent leur propre azote grâce à leurs racines, donc inutile d’en rajouter. Sur ces cultures, mon purin d’ortie reste au bidon.
Erreurs que j’ai faites et que tu peux t’éviter
La première année, j’ai fermé mon bidon hermétiquement. Mauvaise idée : ça a gonflé et failli exploser. Depuis, je laisse toujours passer l’air. Autre bêtise classique : utiliser un purin pas assez fermenté, encore vert, qui n’a rien donné. Ou l’inverse, un jus oublié six mois qui sentait la vase et que j’ai quand même épandu, sans résultat.
Le dosage aussi m’a joué des tours. Un purin pur sur des jeunes plants, et le lendemain les feuilles marquaient. Depuis, je respecte mes dilutions, entre 5 et 10 %, sans jamais forcer. J’arrose le soir, sur une terre déjà humide, jamais en plein cagnard. L’INRAE travaille beaucoup sur ces apports azotés au sol vivant, et l’idée qui revient toujours, c’est de nourrir doucement plutôt que d’un grand coup.
Quand le préparer et le garder toute l’année
Ma grande fournée, je la fais au printemps, quand les orties sont jeunes et tendres, entre avril et juin selon les régions. C’est là qu’elles sont les plus riches. Je refais souvent une petite production en fin d’été. Bien filtré et stocké dans des bidons pleins, à l’abri de la lumière, mon purin tient six à huit mois sans problème. S’il se remet à mousser, c’est qu’il repart en fermentation : je le sors vite.
Un dernier mot pour ceux qui n’ont pas le temps. Le purin d’ortie prêt à l’emploi existe en jardinerie, autour de 8 à 12 euros le litre à diluer. Ça dépanne. Mais entre nous, avec un seau d’orties gratuites au bord du chemin et un peu d’eau de pluie, tu fais le tien pour rien. Le site de Terre Vivante regorge de retours de jardiniers qui, comme moi, préfèrent le fait-maison. C’est plus long, ça sent mauvais deux semaines, et franchement, c’est ce que ma terre préfère.