Le potaflore de Noisiel
Le potaflore de Noisiel, voilà un nom bien bizarre, me direz-vous. Il vient du fait que je ne savais pas comment qualifier ce jardin. J’aurais pu l’appeler le potager fleuri, mais ce n’est pas un potager au sens strict du terme. J’ai donc opté pour ce néologisme composé de « pota » pour plantes potagères (sauvages ou pas) et de « flore » pour fleur. Bon, voyons ça plus précisément.
Redynamiser le projet
Revenons au point de départ : les difficultés rencontrées sur le jardin, ouvert à tous les vents et à tout le monde. En soi, cela pourrait être un endroit où chacun peut aller quand il le souhaite, une idée sympathique. Oui, mais … et il y a un gros MAIS. Les gens venaient au jardin pour récolter et pas pour participer. Nous avions donc un petit groupe de jardinières, uniquement des femmes, ultra motivées, qui passaient leur temps à entretenir, désherber, semer et arroser, sans jamais rien récolter. Au départ, c’était un jardin « Incroyables comestibles ». Le principe était que les récoltes étaient pour tout le monde. Mais ce système montre vite ses limites lorsque ceux qui s’évertuent ne récoltent jamais rien parce que d’autres attendent patiemment leur tour sans jamais faire le moindre effort. Le petit groupe a alors commencé à se réduire, se réduire… et les jardinières vaillantes ont fini par abandonner.
Redéfinir le concept
Il a fallu redynamiser le projet et trouver une formule qui prenne en compte tous les aspects du jardin. À vrai dire, je n’ai jamais vraiment cru aux jardins « Incroyables Comestibles ». Dans certains pays ou quartiers où les liens communautaires sont forts, ce type de jardins peut fonctionner. C’est peut-être le cas ailleurs, mais pas ici : la localisation du jardin et l’absence d’un volet humain solide rendaient l’initiative vouée à l’échec puisqu’aucune personne n’accepte de travailler longtemps sans retour sur investissement. Lassitude et découragement furent les issues probables.
Le concept du potaflore
Comment faire alors pour que nos jardinières voient leurs efforts rétribués par quelques récoltes ? C’est là qu’est né l’idée du potaflore. Un jardin organisé comme un massif de plantes ornementales, avec des parcelles arrondies et sans tracés rectilignes typiques d’un potager. Au centre des massifs, des plantes ornementales hautes. Sur les bordures, un mélange de plantes ornementales comestibles, de légumes vivaces et de plantes sauvages comestibles. Des légumes peu connus se mêlent aux autres plantes vivaces. En somme, on brouille les pistes : quand ce n’est pas cultivé en rangs et entretenu, les gens ne touchent pas. Comme si une plante poussant à l’état sauvage perdait son caractère comestible.
Les plantes
Alors, qu’avons-nous planté ? Des plantes comestibles et/ou utiles à la biodiversité. Beaucoup de légumes vivaces comme la roquette sauvage, des oignons rocambole, des oignons de Saint‑Jean, de la mauve, de la consoude et de l’oseille. On retrouve aussi du fenouil épice, de la bourrache et de la pimprenelle. Il a été noté que les choux kale rouges restaient largely inexplorés, donc on en remettra cette année avec du chou palmetto. Des blettes de toutes sortes se ressèment spontanément et restent peu touchées. Du chénopode Bon Henri est présent, ainsi que des tomates de couleurs qui seront plantées en mai ; rouge, blanche et bleue, elles restent difficiles à reconnaître une fois mûres. Des radis blancs, de l’anredera (ou baselle, totalement inconnue) et de la tétragone cornue compléteront le lot. Du maïs de couleur est utilisé, les couleurs évoquant souvent l’ornement mais il est aussi savoureux. Arc en ciel incas est un maïs multicolore, délicieux, et se ressème aussi de la mâche, que peu reconnaissent et n’osent pas récolter lorsque la mâche ne pousse pas en rang ordonné.
Par ailleurs, des touffes de plantains associées à des primevères sont installées ; tout cela se mange et se révèle délicieux. En hauteur, des hémérocalles dont on peut consommer les feuilles et les fleurs. Le tout est entouré d’ornementales classiques comme les asters, les anémones du Japon, les juliennes des jardins, les phlomis et les calendulas.
Dans tous les espaces entre les plantes, nous avons semé des prairies comestibles : un mélange de carottes, de salades, d’épinards, de navets, de radis, etc. Un joyeux fouillis où une grande partie des récoltes potentielles passe inaperçue. Pour ma part, ce projet s’arrêtera fin avril, mais je suivrai son évolution et vous tiendrai informés.
Découvertes des jardinières
Quant à nos jardinières, elles ont commencé à tester les nouvelles saveurs apportées par ces plantes hors de leur habitude de consommation. Elles ont surtout découvert la richesse insoupçonnée de l’univers végétal comestible qui les entoure.