Créer un jardin créole dans le nord de la France peut sembler insolite, et pourtant c’est réalisable. Un article précédent explique ce qu’est ce type de jardin, vous pouvez le consulter pour les détails.
Choisir ses plantes
Au jardin d’épices, de nombreuses plantes à l’allure exotique poussent, à condition qu’elles supportent les hivers de notre région. Voici quelques suggestions pour votre jardin. En arrière-plan, on peut installer des bananiers.
Les bananiers et leur usage
Le choix le plus courant dans nos régions est Musa basjoo, le bananier du Japon. Il ne produit pas de fruits comestibles, mais ses feuilles se prêtent à la cuisson et à l’emballage des plats, comme en Asie ou en Polynésie où l’on enveloppe les aliments avant la cuisson. Dans les zones les plus douces, on peut tester des variétés fruitières comme Dajiao ou Himalayan fruit; celles-ci sont encore à l’essai et résistent au gel sans encore fructifier. D’autres options fruitières en test: Helen’s hybrid et Himalayan mountain.
Les racines comestibles exotiques
Parmi les plantes hautes, on trouve le Canna edulis, qui peut atteindre près de 2 m et fournit un gros rhizome nourrisseur, excellent cuisiné. Cette plante est rustique et passe l’hiver sans problème dans notre climat.
Le taro et eddos
Autre plante au feuillage exotique: le taro (Colocasia esculenta). On peut cultiver des eddos ou des taros asiatiques dont les tubercules se trouvent en supermarché; ils se multiplient grâce à leurs stolons. Les tubercules se récoltent en automne. Attention, ils doivent être cuits, sinon ils sont toxiques. La variété Pink China est très rustique mais plutôt décorative; même si elle est de Colocasia esculenta, les sources indiquent peu de certitudes sur sa comestibilité, donc en cas de doute, mieux vaut s’en abstenir. Ce cultivar contribue surtout à l’aspect exotique, les eddos étant comestibles.
La patate douce et l’igname de Chine
Facile à cultiver, la patate douce pousse bien et donne de bonnes récoltes; les plants se placent en mai et la récolte se fait en octobre; même les feuilles se mangent. Autre tubercule nourrissant: l’igname de Chine, une plante grimpante qui résiste au froid et se laisse cultiver sur deux années pour obtenir de gros tubercules. Ici, elle se porte très bien. Le yacon (Polymnia edulis), connu comme la poire de terre, est aussi très facile à cultiver; son feuillage est exotique et il produit de grosses racines sucrées et charnues, délicieuses consommées crues ou cuits.
Les arbres fruitiers
Le plus facile et le plus rustique est le goyavier du Brésil (Feijoa sellowiana). On en a un depuis plus de 15 ans; il produit des fruits délicieux en fin d’été et automne. C’est un petit arbre de 4 à 5 m de haut; il pousse lentement et peut atteindre 2,5 m au bout de 15 ans mais il fructifie depuis plusieurs années. Les passiflores ne sont pas en reste; vous pouvez lire l’article sur les variétés adaptables qui donnent de bons fruits de la passion.
Si les manguiers ne prospèrent pas en France métropolitaine, les asiminiers s’y plaisent et donnent de gros fruits similaires aux mangues et au goût apprécié. Ce sont des arbres assez rustiques qui résistent au froid; ils fleurissent en avril/mai après les gelées, et les récoltes sont assurées. Puis les palmiers; le palmier abricot pousse très bien (Butia capitata) ici. Il semble que Butia eriospatha résiste aussi, mais pas encore au jardin. Les deux résistent au froid et, une fois matures, produisent de jolis fruits délicieux. Pour le moment, pas de fruits ici, mais on les attend avec impatience.
Fruits pour le potager
Autre fruit exotique à tenter: la chayotte ou christophine (Sechium edule). Cette cucurbitacée donne un fruit en forme de poire, vert et lisse; c’est une plante grimpante. On en voit dans quelques jardins de la région. Elle pousse assez bien chez moi mais peut avoir des difficultés à fructifier sans arrosage suffisant. Pour 2023, deux variétés ont été plantées au jardin, une à fruits verts et une à fruits blancs. Le sol a été travaillé en double bêchage et l’emplacement bien choisi. On y reviendra dans un prochain article. Il est facile d’obtenir des plants à partir de fruits achetés en supermarché; ils germent facilement pendant l’hiver, dans un endroit chaud, et on les replante après les gelées.
Les épices
Le panorama serait incomplet sans un peu d’épices. Certaines se cultivent très facilement, même en Île de France. Le gingembre officinal et le curcuma peuvent donner des récoltes irrégulières selon les années. Je me focalise ici sur des espèces qui donnent de bons résultats: le gingembre du Japon (Zingiber mioga) est surprenant et résiste au froid; sa touffe s’épaissit d’année en année et il est très vigoureux. La coriandre vietnamienne, également appelée rau ram (Polygonum odoratum), est une plante vivace qui survit à l’hiver sans paillage et dégage une odeur de coriandre très marquée; elle parfume les plats tout l’été. Le galanga (Alpinia galanga) est également assez rustique; c’est une plante de grande taille qui fournit des rhizomes très parfumés, prisés dans la cuisine du sud-est asiatique. Elle résiste en pleine terre à environ -10°C s’il bénéficie d’un sol riche, d’une exposition mi-ombragée et d’arrosages suffisants en été. À ce jour, elle n’a pas encore fleuri dans le jardin et je n’ai pas encore récolté ses rhizomes; je préfère laisser la plante s’établir avant d’envisager une récolte.
Pour conclure
Cet article n’est pas exhaustif et pourrait être complété ultérieurement par un autre article. J’aurais aussi pu évoquer la verveine citronnelle, l’houttuynia, la plante camembert, le thym antillais, le Hoja Santa, le poivre du Sichuan… mais vous disposez déjà d’un bon éventail de pistes. À vous de jouer !