La place des arbres fruitiers au potager

Potager sous les fruitiers, en Italie

La place des arbres au potager, voilà un sujet souvent polémique. Pour beaucoup de jardiniers, la cause est entendue : les arbres n’ont pas leur place au potager. Les raisons invoquées sont nombreuses. Si vous interrogez des jardiniers, ils seront nombreux à vous dire que l’arbre empêche les légumes de pousser. Il prendrait toutes les ressources disponibles pour lui, bref, planter des fruitiers au potager, c’est une hérésie ! Cette façon de voir est celle-là même qui est à l’origine des remembrements, de l’arrachage des haies, de la destruction des talus… Cette vision définie une place pour les légumes, une pour les fleurs, une pour les arbres. Chaque catégorie de plantes a sa place et surtout, pas de mélange des genres !

Des associations pourtant très anciennes

Cette vision très cloisonnée du végétal est aujourd’hui monnaie courante. Les jardiniers qui la partagent sont légions. Elle est pourtant fausse, et basée sur une hypocrisie. Les associations végétales existent depuis la nuit des temps. Dans toutes les cultures agricoles traditionnelles, on plante des arbres fruitiers avec des légumes. Ainsi, sans aller très loin, les jardins de curé, qu’on trouvait dans tous les presbytères, utilisaient des systèmes d’associations très complets. On y trouvait des fleurs pour fleurir l’église, des légumes et des fruits pour nourrir le prêtre, des médicinales pour se soigner. Les jardins créoles ou les jardins de cases en Afrique, sont d’autres exemples qui montrent qu’on a toujours cultivé ensemble des arbres fruitiers et des légumes.

La joualle
Joualle : vendange d’autrefois, dans les arbres !

Dans le sud ouest de la France, on utilisait depuis l’époque romaine un système appelé la joualle. Ce système associait des rangées d’arbres fruitiers, entre lesquelles on plantait de la vigne. Entre les rangées fruitières, on cultivait des céréales et des légumes. Des systèmes similaires existaient dans toutes les régions de France.

Mais, dans les années 60, modernité oblige, on a considéré ces pratiques obsolètes, arriérées. Bien sûr, aucune étude sérieuse n’a cherché à vérifier l’intérêt et la productivité de ces systèmes. Et c’est là que se trouve l’hypocrisie. On a fait croire aux paysans qu’il fallait abandonner ces façons de faire jugées archaïques, parce qu’il fallait, en réalité, faire de la place pour les machines agricoles. Le machinisme agricole moderne s’accommode mal des haies, et des espaces restreints. De plus, impossible de récolter plusieurs productions sur la même ligne. Et puis, il y avait une autre raison à cet abandon. On sait depuis toujours que les associations végétales finissent par créer des écosystèmes qui protègent les plantes. Les cultures saines n’ont pas besoin de pesticides, et ça, c’était un problème pour les vendeurs de produits chimiques.

La redécouverte des associations

Aujourd’hui, grâce au renouveau de l’agroforesterie et à l’approche permise par la permaculture, on redécouvre tout l’intérêt des associations. Ci-dessous, une vidéo très intéressante, concernant les travaux du Conservatoire Végétal d’Aquitaine. On y voit différents types d’associations entre les arbres fruitiers et les cultures. On y découvre aussi tout l’intérêt écologique que représentent de telles associations pour la biodiversité.

Les fruitiers sur le Jardin d’épices

Le potager mandala du Jardin d’épices (mon jardin), est planté sous des pommiers et un cerisier. Et cela ne pose aucun problème, bien au contraire. D’ailleurs, ça pousse même mieux sur la partie la plus ombragée l’après midi, aux heures les plus chaudes. Les arbres n’empêchent pas les légumes de pousser dès lors qu’on ne laisse pas le milieu se refermer. Il faut donc veiller à la taille pour éviter qu’une ombre permanente ne s’installe. Tant que le jardin reste lumineux, la végétation est exubérante et saine, et les récoltes abondantes.

Aujourd’hui, de nombreux maraîchers et agriculteurs se lancent dans l’agroforesterie ou les jardins forêts. On redécouvre les savoirs anciens et on les adapte aux techniques modernes. Dans les champs ou dans les jardins, l’avenir sourit désormais aux arbres. Il y a encore du chemin à parcourir contre les idées reçues bien ancrées dans l’esprit de beaucoup de jardiniers. Mais on y croit, et on avance…

 

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