Permaculture et biodiversité

La biodiversité est très importante pour les permaculteurs. Tous cherchent à l’augmenter, le plus possible. Et pas seulement la biodiversité des plantes sauvages, mais aussi celle des plantes cultivées. Et ça tombe bien, je viens de lire un livre sur le sujet, un livre passionnant. Il s’agit de “Inheritors of the earth”, du biologiste Chris D. Thomas.

Ce livre, malheureusement non traduit en français, m’a captivé. Il m’a aussi un peu secoué, car l’auteur y expose un point de vue, scientifiquement très argumenté, qui va à l’encontre de pas mal de choses que j’ai apprises. Que j’ai apprises ou que j’ai entendues, ou qu’on continu à entendre constamment. Cependant, il valide bon nombre de mes pratiques de jardinage. Cela fait très longtemps que j’installe dans mon jardin des plantes qui viennent d’ailleurs. Très longtemps que je suis convaincu qu’il faut diversifier au maximum les plantes de nos jardins, car dans un monde qui change, notre survie viendra de notre capacité à nous adapter. Cette capacité d’adaptation viendra de la diversité, de la biodiversité, naturelle ou provoquée.

On ne parle que des espèces qui disparaissent…

Selon l’auteur, nous nous focalisons sur les espèces qui disparaissent, mais nous ne parlons jamais des espèces qui apparaissent. Ah bon ? Des espèces apparaissent ? Et bien, il semblerait que oui. En fait, suite aux modifications innombrables que nous, êtres humains apportons au monde, les espèces se déplacent. En se déplaçant, elles rencontrent d’autres espèces. Quand elles sont apparentées, souvent elles s’hybrident. De là, naissent de nouvelles espèces ! Oui, vu comme ça, évidemment. Mais, de nouvelles espèces apparaissent aussi dans le sens où elles se déplacent et apparaissent donc dans des régions où elles ne se trouvaient pas auparavant. Un peu comme chez nous le frelon asiatique, ou l’acacia (Robinia pseudacacia) venu d’Amérique, ou encore la renouée du Japon. Avant la découverte de l’Amérique, l’acacia n’existait pas chez nous. Depuis il est devenu partie prenante des paysages. Alors oui, vu comme ça aussi, de nouvelles espèces apparaissent, et elles sont extrêmement nombreuses.

De nouvelles espèces qui posent problèmes
La renouée du Japon, une future niche écologique dans les écosystème de demain ?

Quand on parle de nouvelles espèces on pense aussi aux plantes invasives, aux animaux qui prolifèrent. Le frelon asiatique avec les dégâts qu’il occasionne est un bon exemple. Mais, selon l’auteur, c’est un faux problème. Sur l’ensemble des espèces qui apparaissent dans une région où on ne les trouvait pas avant, seule une petite minorité sont problématiques. Et, ce n’est pas un problème pour la nature qui recherche toujours l’équilibre. Cette nouvelle espèce finira par s’intégrer dans l’écosystème. Oui, me direz-vous, mais en attendant, elles peut faire disparaître d’autres espèces. Certes, elle peut en faire disparaître, mais pas tant que ça. Dans la nature, les apparitions et disparitions d’espèces, c’est la règle. Des millions d’espèces ont existé, et sont aujourd’hui disparues. Quel est le problème ? C’est nous ! Nous ne voyons les choses qu’à notre échelle. La nature est inventive, créative, les espèces qui disparaissent ne lui pose pas un problème, celles qui apparaissent, qui se déplacent non plus. Les espèces invasives ne sont problématiques qu’à l’échelle de l’homme. La renouée du Japon sera peut-être dans quelques décennies une plante parfaitement intégrée dans nos paysages, un peu comme l’acacia.

L’anthropocène et les incohérences de l’homme moderne.
Partout l’homme modifie les paysages

L’anthropocène, c’est la période dans laquelle nous vivons, celle où l’homme modifie en profondeur l’environnement (anthropos =Homme, en grec). Nous changeons le monde, tant et tellement, que cela a donné le nom de cette période de temps dans laquelle nous sommes. Nous modifions le monde sans vergogne, et pourtant, nous voudrions que la nature, elle ne change pas. Que les milieux ne se modifient pas, que les espèces perdurent. Nous protégeons, sauvegardons, tout en modifiant encore et encore notre environnement. Les changements que nous observons sont le résultat de ces modifications : les paysages changent, le climat change, les milieux naturels changent… et par voie de conséquences les êtres vivants qui y vivent aussi. Pour l’auteur, bien que nous détruisions beaucoup, nous participons à un immense brassage du vivant, qui fournira la biodiversité de demain. Pour lui, dans quelques millions d’années, de millions de nouvelles espèces de plantes et d’animaux seront nées, de nos voyages, de nos introductions volontaires ou involontaires. L’Homme, qui détruit d’un côté est de l’autre, un facteur de biodiversité ! Voilà qui change complètement la façon d’envisager les choses. Bien sûr, l’auteur n’en valide pas pour autant nos errements et nos excès, bien au contraire.

Nos paysages, de pures créations…
Le mimosa, indissociable de la Côte d’Azur, et pourtant…

Quand on y réfléchit, c’est vrai finalement. Que serait la Bretagne sans ses hortensias, ses camélias (arrivés de Chine et du Japon), ses fuchsias (arrivés du Chili)… Ces plantes font partie du paysage, mais toutes étaient inconnues il y a 3 siècles. Idem pour la Côte d’Azur, avec ses mimosas, ses eucaplyptus (venus d’Australie), ses palmiers (venus du monde entier)… rien de cela ne s’y trouvait avant le 16ème siècle.

Ces paysages qui nous paraissent si naturels, ne le sont pas. Nous modifions la Terre, c’est un fait, acceptons le ! Nous faisons des dégâts, mais sans nous en rendre compte, nous préparons aussi les écosystèmes de demain.

Et la permaculture dans tout ça ?

Les permaculteurs, dans leur recherche d’indépendance alimentaire, cherchent toujours à cultiver de nouvelles plantes. Ils cherchent à créer de nouveaux écosystèmes et pour cela, en plus de leurs pratiques agroécologiques, ils intègrent de nombreuses nouvelles espèces. Finalement, ils ne font pas autrement que ces amérindiens qui au gré de leurs pérégrinations amazoniennes ont permis la dissémination de très nombreuses plantes alimentaires. Alors oui, la permaculture permet de développer une nouvelle approche du vivant. Elle permet de changer son regard sur la nature. Sa recherche de la résilience permet de voir dans chaque plante installée, un espoir pour demain, un potentiel d’adaptation à ce monde qui change si vite. Merci à ce livre qui, comme tant d’autres, m’invite à poursuivre sur mon chemin et à voir le monde plus riche de possibilités que je ne l’imaginais, et merci à la permaculture de donner du sens à tout ça.

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